TEFAF Maastricht
14-19 mars 2026
Du 14 mars 2026
au 19 mars 2026
Le tournant du XIX et du XXème siècle est particulièrement riche en bouleversements picturaux. L’avènement de la modernité se joue en France, mais pas seulement à Paris.
À l’écart de la capitale, les territoires régionaux deviennent de formidables terrains d’expérimentation, de véritables laboratoires picturaux.
Le Sud, au premier rang, attire à lui les coloristes, qui viennent se confronter à sa lumière éblouissante. La Bretagne et la Normandie, sont également des points de ralliement pour des artistes à la recherche d’une réinvention du langage pictural.
Il n’y a pas de régionalisme à l’oeuvre mais des régions singulières, qui offrent aux artistes des conditions particulières propices à l’épanouissement de leurs recherches.
Il en résulte un champ complexe, mélange de fidélités, de variations et de glissements progressifs qui nous conduisent à la période contemporaine.
En filigrane de notre sélection, se lisent certaines obsessions picturales, communes.
Ces motifs récurrents révèlent, par leur persistance et leur convergence, non seulement un prétexte plastique, moteur d’évolution de la technique picturale mais aussi un cheminement réflexif, voire un questionnement d’ordre social, de la part des artistes.
Au début du XXème siècle, les peintres de notre modernité rêvent paradoxalement de Nature, d’un Eden retrouvé.
Les héritiers de l’ère industrielle se demandent encore si l’Homme est bien fait pour ces villes bruyantes, cette urbanisation galopante, cette mécanisation de la vie?
Ils partent à la recherche d’une Arcadie fantasmée, héritée de l’antiquité classique et explorent ce thème avec des ressorts picturaux qui les révèlent comme des artistes en avance sur leur temps.
Une génération précédente avait trouvé, dans le dépaysement de l’Orient, certaines réponses à un questionnement du même ordre.
Pour ces derniers comme pour les artistes de notre sélection, la représentation féminine est indissociable de ces réflexions. Dans toute sa complexité, la figure de la femme, ses différents visages, viennent supporter l’expérimentation et les interrogations.
Évidemment, le paysage n’est pas une fin en soi : c’est sa représentation qui est en question.
Après la sensation atmosphérique rendue par la technique impressionniste, la page du divisionnisme, avec ses variations, s’ouvre, derrière Seurat et Signac. Avec les jeunes Fauves, on évite heureusement le cul-de-sac où son systématisme aurait pu nous conduire.
Cependant, la succession rapide de ces mouvements ne traduit pas toujours fidèlement la réalité.
Davantage que par ruptures, les avancées se font par une série de déplacements successifs du regard : les générations se succèdent, apportant chacune sa pierre à l’édifice.
Picasso met bien en exergue la teneur de la fidélité que nous devons aux maîtres du passé. Convoquant un motif fondateur de la modernité pour le soumettre à un travail de déconstruction et de réinvention, il dévoile le dessous des cartes : qu’il soit conscient ou non, le dialogue est permanent, entre la création et ses fantômes du passé.
Dans cette optique, Bernard Buffet incarne, pour nous, la persistance d’une tradition figurative, portée par un langage puissant.
Nous baignons désormais dans un XXIᵉ siècle qui a digéré la modernité industrielle pour ouvrir la voie à l’ère numérique. Cette révolution a déjà profondément transformé nos modes de vie et nos perspectives.
À bien des égards, les interrogations portées par les artistes du tournant des XIXᵉ et XXᵉ siècles résonnent avec celles des créateurs d’aujourd’hui. Tandis que les premiers questionnent la modernité industrielle, leurs héritiers se confrontent à l’ère numérique, à la prolifération des images, à la médiation technologique et à l’émergence de l’intelligence artificielle. Dans les deux cas, l’enjeu demeure le même : préserver, face à des transformations profondes des modes de vie et de perception, un espace de réflexion critique où l’art continue de jouer un rôle essentiel.
