Deval, l'Esprit d'Orvès
Domaine d'Orvès, La Valette du Var, 5-6 septembre 2026
Du 5 septembre 2026
au 6 septembre 2026
C’est avec une émotion intacte que nous avons retrouvé le domaine d’Orvès pour préparer cette nouvelle exposition.
Nous avons franchi la grille d’entrée qui précède la délicieuse montée vers la maison-atelier du peintre Pierre Deval, et tandis que l’eau ruisselle le long des marches, arrose cette jungle folle, alimente les bassins où cohabitent carpes et grenouilles, elle inonde aussi notre esprit d'un flot de pensées parmi les plus sereines et les plus poétiques qui nous aient traversés depuis longtemps.
Orvès tient toujours bon.
On y laisse les fleurs sauvages pousser entre les pierres, parce que c’est plus beau ainsi, surtout si la nature en a eu l’idée.
On ne tient pas à ce que tout soit parfait mais on s’applique plutôt à laisser respirer et vivre toute chose.
Il est peu de lieux comme Orvès, qui peuvent abriter les rêveries des poètes, des musiciens et des peintres, qui comprennent, il va de soi, le même langage.
Il est peu de lieux qui ont su à ce point déjouer les pièges de la modernité, de l’urbanisation à tout prix, qui ont échappé aux convoitises des hommes pour venir leur offrir une épaule fraternelle, une berge tranquille sur laquelle déposer les armes.
Au milieu des années 1920, un jeune couple avait su voir, dans le fouillis des herbes hautes d’un jardin abandonné, sa grâce singulière.
Cette demeure deviendra pour toujours celle du peintre Pierre Deval et de sa femme Henriette.
Par amour d’Orvès et par conviction, ils triompheront, non sans mal, des mauvais tours : de l’occupation allemande d’abord, qui les chasse de chez eux et dévaste le domaine. Ils consacreront leur vie à le reboiser, à le reconstruire patiemment.
Plus tard, ce sont les redoutables mâchoires de béton de la conquête urbaine qui tenaillent Orvès. Une fois de plus, Pierre et Henriette Deval déplacent des montagnes pour lui venir en aide. Ils parviennent à obtenir une décision de classement, ce qui sauve in extremis le jardin d’une transformation en lotissement.
Pierre Deval y trouva l’inépuisable inspiration de sa peinture.
Il n’en représente pas directement les motifs, même s’il s’y adonne parfois lorsqu’il dessine la serve, la terrasse et même l’atelier.
En revanche, il est baigné dans cet écrin de nature préservée, telle qu’il l’avait appréciée à l’occasion de sa formation artistique : il avait été l’un des pensionnaires de la Villa Abd-el-Tif d’Alger, à la faveur d’une bourse de voyage que l’on accordait aux jeunes peintres soucieux de rencontrer une nature luxuriante, exubérante et méditerranéenne, ainsi que tout son écosystème. La nudité, telle que Deval se plaît à la représenter dans ses oeuvres, n’est que l’expression la plus évidente de notre appartenance à cet ordre naturel supérieur, créateur de beauté.
La vénusté sauvage des muses antiques se montra aussi en ce lieu à nombre d’amis artistes, venus rendre visite aux Deval.
Henri Bosco y rédigea ses Quartiers de Jeunesse, Pierre-Jean Jouve y conçut des poèmes… Albert Marquet, Willy Eisenchitz partagèrent avec délice les longues soirées estivales où le plaisir d’un dîner entre amis s’étire. Le couple n’était pas avare de partager les joies d’Orvès, ce paradis.
Leur fille Françoise est désormais la gardienne du temple, héritière d’un amour inconditionnel pour cette terre baignée dans les harmonies d’une eau chantante, du coassement des grenouilles, des notes d’un piano.
Aujourd'hui reconnu « Jardin remarquable », Orvès continue d'émerveiller les rêveurs. Grâce à elle, l’âme du domaine est préservée.
Elle nous fait l’honneur de nous recevoir là où flotte encore l’esprit de Pierre Deval, jusque dans son atelier, le plus sacré laboratoire de l’oeuvre.
À pas feutrés, nous y pénétrons, veillant à ne pas effrayer le fantôme.
J’aimerais que l’on protège encore Orvès, qu’une amulette le garde de tous les dangers qui le menacent, que cet endroit soit choyé, aimé, partagé, qu’il soit transmis aux générations qui viennent et à celles qui viendront, pour longtemps encore.
C’est ma prière pour Orvès, refuge, douceur, rempart.
