Félix VALLOTTON (1865-1925)

Félix Vallotton naît à Lausanne en 1865. Peintre, graveur, illustrateur, critique d’art, écrivain, Vallotton exprime dès son plus jeune âge un gout prononcé pour les arts. Il suit alors les cours de l’Académie Julian à Paris, qu’il poursuit lorsqu’il est reçu à l’Ecole des Beaux-Arts en 1883.

Vallotton reste néanmoins profondément attaché à son pays natal, la Suisse. Il y séjourne régulièrement et rencontre les artistes Ernest Bieler, Joseph Reichlen, Fernand Gaulis, Jules Blancpain, Charles Maurin ainsi que le graveur Félix Jasinski. Cette duplicité identitaire restera importante tant pour sa carrière que sa vie personnelle.

Le jeune artiste se passionne d’abord pour le portait dans un style largement influencé par l’académisme et les maîtres qu’il découvre au Louvre notamment. Il aborde cependant la peinture avec une importante liberté d’interprétation, n’en déplaise à ses professeurs. Le peintre quitte finalement l’Académie Julian et se retrouve en 1890 dans une situation de précarité économique. Durant cette période, il s’intéresse de plus en plus à la gravure sur bois, technique ancestrale qu’il approche d’une manière résolument nouvelle, attirant l’attention internationale.

En 1891 Vallotton expose onze tableaux lors de sa première participation au Salon des Indépendants et connaît son année la plus prolifique en tant que critique d’art. L’année suivante il y participe de nouveau mais cette fois avec des bois gravés. Le Salon de la Rose + Croix lui permet de se faire remarquer par un groupe d’artistes visionnaires, les Nabis, en 1892. Il se rallie à Vuillard, Bonnard et Sérusier un an plus tard et se fait surnommer le « Nabi étranger ». Le groupe souhaite poser un regard nouveau sur le réel en conférant à la peinture toute son autonomie, sa spiritualité. Leur nom, synonyme de prophète, annonce déjà cette volonté de proposer une réinterprétation de l’espace pictural dans sa globalité, de se positionner comme instigateur d’une réalité subjective inédite, de mondes nouveaux. Le tableau, libre de toute tangibilité, devient le terrain de l’imaginaire, un champ d’expérimentations sans limites.

En 1893, son œuvre Le Bain au soir d’Eté - aujourd’hui considérée comme l’un de ses chefs-d’œuvre conservé au Kunsthaus de Zurich – est la risée du public. Dans cette toile, les nus féminins guidés par une perspective aplatie peuplent un étrange paysage au rythme des fantaisies de l’artiste. L’esthétique des œuvres de Vallotton se retrouve alors portée par une nouvelle figuration synthétique. Le peintre figure officiellement aux côtés des Nabis lors de la Quatrième exposition des peintres impressionnistes et symbolistes chez Le Barc de Bouteville cette même année. Ses recherches picturales ne se limitant pas encore à la peinture, il poursuit ses activités d’illustrateur pour le journal « Pan » à Berlin, « Jugend » à Munich et devient directeur artistique de la revue « Prince Poniatowski » en 1895. Vuillard, avec qui il noue une sincère amitié, lui permet de rencontrer Thadée Nathanson, cofondateur de la Revue Blanche. C’est alors que Félix Vallotton en devient l’illustrateur attitré de 1895 à 1902. Artiste aux multiples facettes, ses travaux pour la presse ou le monde de l’édition lui permettent d’accéder à une nouvelle stabilité financière.

Le peintre participe de nouveau à une exposition consacrée aux Nabis chez Ambroise Vollard en 1897. Durant cette période, il réalise d’importantes séries de portraits, de scènes d’intérieur et de nus. En 1899 Vallotton épouse la fille du célèbre marchand de tableaux Alexandre Bernheim, Gabrielle Rodrigues Henriques, ce qui marque un tournant déterminant dans sa carrière. Il obtient la naturalisation française en 1900. Il se concentre progressivement sur ses premières amours : la peinture, qu’il expose chez Durand-Ruel en 1899, puis Bernheim-Jeune en 1900. Ses œuvres sont singulières, modernes. D’une grande précision, le dessin découpe la forme sous l’influence de la gravure. La finesse de la couleur aux tonalités douces et froides dépeint une atmosphère insaisissable sujette aux désirs lancinants du peintre. L’achat d’un appareil photo va également considérablement influencer son œuvre et donner naissance à ses « paysages composés ». Il agence ainsi les éléments de plusieurs photographies pour ne former sur la toile qu’un paysage idéalisé, captif de son imaginaire, réduisant le motif à sa peinture.

Il visite Cannes, Nice, Marseille, mais aussi la villa Beaulieu Honfleur en 1901. Séduit par les paysages du midi et leur douce chaleur,  il expose des vues de Marseille notamment au Salon des Indépendants. En 1903, une exposition importante se tient chez Bernheim-Jeune avec soixante-quinze de ses tableaux. Il présente des œuvres à la Sécession de Vienne et Berlin. Entre 1904 et 1906, l’artiste voyage en Hollande et Belgique alors qu’il expose en Allemagne puis à l’Exposition Internationale de Venise et chez Paul Cassirer. En parallèle, son frère Paul commence à vendre ses œuvres en Suisse dès 1907. Vallotton se lie d’amitié avec Henri Manguin, Albert Marquet, Pierre-Narcisse Guerin et Pierre Laprade. Lors de l’inauguration du Salon d’Automne en 1903, dont il est membre fondateur, l’Etat français lui achète une première toile. Il y exposera jusqu’à sa mort.

Alors que ses voyages s’intensifient, il expose à la Toison d’Or Moscou et réalise une importante série de nus. Son succès devient certain. Le célèbre collectionneur Hahnloser, chez qui il séjourne en 1909 lui achète un ensemble de toiles, ce qui lui permet d’accéder à une plus grande stabilité financière. Sa première exposition personnelle a lieu à Zurich cette même année, au Kunstkerhauss alors qu’Eugène Druet devient son marchand attitré. Le Kunsthaus de Zurich lui achète son portrait de vieillard Monsieur Ursenbach, alors qu'il est toujours très représenté en Suisse par son frère et les Hahnloser notamment. Dès 1909 il séjourne tous les étés à Honfleur et y produit de nombreuses vues. Il est également présenté lors de la grande exposition londonienne Manet and the Post-Impressionists en 1910.

Durant la Première Guerre Mondiale, le peintre qui souhaite s’engager est refusé.  Il coupe toute relation avec l’Allemagne et ses revenus baissent drastiquement.

Félix Vallotton meurt à Paris en 1925, il a soixante ans.