Henri MATISSE (1869-1954)

Henri Matisse naît le 31 décembre 1869. L’artiste, certainement un des plus influents du XXe siècle, n’arrive que tardivement à la peinture après une formation de juriste. Il entre à la célèbre Académie Julian en 1891 et devient l’élève de William-Adolphe Bouguereau. L’académisme et l’art pompier de son professeur ennuient Matisse qui déclarera plus tard « cette perfection vide me donnait le vertige. »

Dès 1895, il trouve dans l’atelier de Gustave Moreau à l’Ecole des Beaux-Arts un encouragement intelligent et aime sa manière singulière de mêler dessin et couleur. De son enseignement ouvert aux tentations de la modernité, le peintre symboliste éveille l’imagination de ses élèves. Il n’est pas question pour lui d’uniquement copier les chefs-d’oeuvre que renferme le Louvre mais plutôt de découvrir une nouvelle manière de les révéler. Avec cette approche inédite, Gustave Moreau ouvre la voie dans laquelle s’engouffre le fauvisme. Dans ses classes, Matisse se lie d’une amitié durable avec Camoin, Marquet, Rouault et Manguin. Il arpente avec eux les rues de Montmartre, puis les jardins du Luxembourg. De cette peinture sur le motif jaillit une expressivité nouvelle et une incroyable spontanéité.

En 1896, Matisse expose au Salon des Cent et devient membre associé du Salon de la Société Nationale des Beaux-Arts. Il participe pour la première fois au Salon des Indépendants en 1901 et présente deux toiles au Salon d’Automne de 1903. C’est en 1904 qu’Ambroise Vollard lui offre sa première exposition personnelle. 

Au mois de mai 1905, Matisse débute un séjour à Collioure, dans le sud de la France. Subjugué par l’oeuvre de Seurat découverte au Salon des Indépendants, le peintre tente l’aventure du divisionnisme mais se heurte rapidement à une impasse. L’arrivée de son ami, le jeune Derain, rencontré durant ses séances au Louvre, est déterminante. Ensemble, ils peignent sur le motif, l’un s’inspirant des ressources de son mentor, l’autre puisant dans la radicalité de son cadet. Bercées par la lumière méditerranéenne, ces toiles saturées s’émancipent pleinement. 

Quelques mois plus tard, les oeuvres de Matisse, Derain, Marquet, Camoin, Vlaminck, et Manguin animent la virulente « cage aux fauves » du Salon d’Automne 1905. Matisse, alors âgé de 35 ans, est considéré comme le chef de file de ces « bariolages informes ». L’année suivante, Braque, Friesz, Dufy et van Dongen se rallient au mouvement.

En 1906, Matisse peint la Femme au Chapeau et le Bonheur de vivre, tous deux acquis par les Stein, mécènes et collectionneurs américains. Fasciné par l’art byzantin et les formes décoratives,  le peintre s’ouvre à un champ d’expérimentations sans limite. Son Nu bleu: souvenirs de Biskra, réalisé en 1907 en est un excellent témoignage. Quelques années plus tard, il rencontre le collectionneur russe Chtchoukine et produit à sa demande deux panneaux décoratifs La Danse et La Musique. En 1913, il expose également dix-sept oeuvres à la très célèbre exposition internationale l’Armory Show de New-York.

Une rivalité, nourrit d’influences et d’une véritable fascination réciproque, naît avec un autre artiste révolutionnaire et protégé des Stein, Pablo Picasso. Ce duel entre forme et couleur, opposant cubisme et fauvisme, marque tout le début du XXe siècle. 

Dès 1917, l’oeuvre de Matisse prend un nouveau tournant avec sa « période niçoise ». Empreinte d’une nouvelle sensualité, cette production prolifique s’articule par de petites toiles dans lesquelles une place inédite est attribuée à l’espace pictural et à la lumière. L’influence de Renoir, Bonnard et Maillol est patente. L’artiste, désormais considéré comme l’un des grands maîtres du début du siècle, vit d’une aisance matérielle certaine.

Au début des années 30, le grand projet de décoration de la Fondation du Docteur Barnes à Merion près de Philadelphie aux Etat-Unis marque un nouvelle période. Porté par l’acte jubilatoire de création, l’artiste use d’arabesques dans une danse de formes souples illustrant toute la virtuosité de son dessin. Mais ses expérimentations plastiques vont plus loin. Matisse découpe littéralement sa forme, non plus au moyen de cernes ou de pinceaux mais de ciseaux. Les papiers gouachés découpés habitent ses compositions radicales souvent au rythme de leur environnement architectural dans une démarche d’harmonisation décorative.

Dès 1931, il est un artiste mondialement reconnu. De grandes expositions personnelles sont organisées à la Galerie Georges Petit à Paris mais également à la Kunsthalle de Bâle et au Museum of Modern Art de New York.

Durant la dernière partie de sa vie, le peintre retourne à Nice et se consacre à son dernier grand chantier, la réalisation du décor de la chapelle du Rosaire de Vence. 

Henri Matisse meurt le 3 novembre 1954 à Nice.