Paul JOUVE (1878-1973)

Sculpteur, Peintre, graveur, et illustrateur, Paul Jouve naît en 1878 à Bourron-Marlotte en Seine et Marne. Son père, Auguste Jouve, lui-même peintre paysagiste, portraitiste, passionné de photographie et proche de Théo et Vincent Van Gogh, avait obtenu une médaille d’or à l’Exposition Universelle de Paris en 1899. Rapidement, la famille quitte définitivement Marlotte pour s’établir à Paris, boulevard Saint-Jacques. Observant les dessins de sa chatte «Fina», que son fils ne cessait de crayonner, il l’encourage, l’emmène régulièrement au Jardin des plantes découvrir d’autres animaux. Les ambitions artistiques du jeune homme s’affirment, il se forme aux techniques de la lithographie chez un ami de son père Henri Patrice Dillon. Le jeune homme ne s’intéresse que très peu à un enseignement académique, et préfère observer et dessiner les animaux d’après nature.

Jouve n’a que seize ans lorsqu’il participe pour la première fois, en tant qu’élève de son père, au Salon des artistes français. Il éprouve déjà une fascination pour les animaux et expose les dessins des Lions de Ménélik et des Lions d’Abyssinie, observés au Jardin des Plantes. Des œuvres saisissantes de vérité dans lesquelles l’artiste semble en- trevoir et retranscrire l’âme des fauves. Ce salon deviendra ensuite un rendez-vous régulier pour Jouve.

Dans le cadre de l’Exposition Universelle de 1900, Jouve âgé de seulement vingt-deux ans est commissionné par l’architecte René Binet pour la création d’une frise de bas relief de plus de cent mètres de long destinée à orner les pilastres de la porte d’honneur, d’un coq surmontant l’arche de lumière et de quatre lions ouvrant sur l’avenue des palais des beaux-arts. Réalisée par Alexandre Bigot, cette frise monumentale représentant lions, tigres, mouflons, taureaux et ours sera exécutée en grès flammé émaillé brun verdâtre. Son accueil est tel que des bas-reliefs seront commercialisés. Les sujets étant également repris dans des tailles plus réduites. L’avenir de Jouve se dessine.

L’année suivante, l’artiste est remarqué par le galeriste Samuel Bing, instigateur du japonisme à la fin du XIXe siècle, qui le prend sous son aile. Dans sa galerie, il expose des sculptures, dessins, peintures, estampes et objets décoratifs. Tous, rencontrent un franc succès. Soutenu financièrement par cette collaboration, l’artiste peut découvrir les zoos d’Hambourg, et d’Anvers où les animaux ne sont plus confinés dans des cages comme au Jardin des Plantes. À Anvers il se lie d’amitié avec Rembrandt Bugatti. Il est fasciné par l’animalité des rapaces et des fauves. Il délaisse alors les animaux dits « domestiques ».

En 1905, Marcel Bing, qui n’est autre que le fils de Samuel, organise la première exposition personnelle de Jouve avec soixante-quatre de ses œuvres. Cette même année, il est commissionné par la Société du livre contemporain pour illustrer ce qui deviendra un immense succès : Le livre de la Jungle, écrit par Rudyard Kipling. Dans cet ouvrage Paul Jouve s’éveille. Ses dessins sculptés jaillissent des feuilles de papier comme des évidences. L’artiste saisit instinctivement l’énergie, l’essence de cette histoire au cœur de la nature animale.

Paul Jouve expose également ses sculptures au Salon de la Société Nationale des Beaux-Arts. Dans la pluridisciplinarité, l’artiste trouve sa voie. Le sculpteur guide le peintre, dessine la forme animée par la spontanéité de l’illustrateur.

En 1907, Jouve obtient la bourse de 2 ans, décernée par le gouvernement général de l’Algérie, la «bourse des orientalistes», il est le 1er pensionnaire de la Villa Abdel-tif, avec Léon Cauvy. Il rentre après quelques mois. Il fera trois séjours en Algérie entre 1907 et 1909. À Alger, il rencontre sa femme Anette Noiré, fille de Maxime Noiré, peintre orientaliste. De ces nouvelles amitiés, naissent de nouvelles découvertes, de nouvelles influences indélébiles, bercées par la chaleur ardente de territoires indomptables. Une lumière inédite rythme ses compositions qui s’attardent plus volontiers sur l’architecture, la végétation et les coutumes.

Jouve expose régulièrement sculptures et peintures dans les grands salons parisiens. La reconnaissance artistique arrive rapidement. En 1911 il s’installe dans l’ancien atelier du peintre Jean-Léon Gérome.

Mobilisé en aout 1914, il part pour le front du Nord, il dessine le quotidien des poilus. Le colonel commandant la brigade remarque ses dessins, et les montre au général Quinquandon, qui le rattache à son secteur en tant que vagmestre et lui permet de circuler et de dessiner. Muni d’une recommandation du général Quinquandon, il part avec l’armée d’Orient en octobre 1915. À Salonique, il retrouvera son ami Gaston Suisse précédemment rencontré au Jardin des Plantes, également mobilisé. Jouve est au service photographique des armées. Il circule, dessine et peint librement. Il organise des expositions, dont une très remarquée à Athènes – l’Exposition des Artistes d’Orient. Jouve, de retour à Paris, est un artiste réputé. Il est non seulement connu des cercles artistiques, mais également du grand public avec la parution du Livre de la Jungle en 1920, retardée par la guerre. Il reçoit la Légion d’honneur cette même année.

Insatiable voyageur, il se rend en Indochine, en Chine, à Ceylan, puis aux Indes. Envoûté par Angkor, la bestialité de sa végétation luxuriante tentant de reprendre le dessus sur la main de l’homme, il y reste près de trois mois en 1922. Ce rapport de force fascinant entre architecture et nature marque durablement ses œuvres, une nouvelle fois saluées par la critique.

Séduit par la quiétude du sud de la France, il se fait construire une maison de style Art Déco au Tholonet près d’Aix en Provence, dans laquelle il séjourne régulièrement jusque dans les années 50.

En 1925 il expose dans de nombreux pavillons à la très célèbre Exposition Internationale des Arts Décoratifs et obtient la médaille d’or. Il commence l’illustration Des Fables de La fontaine puis illustrera, entre autres Paradis terrestres de Colette, Poemes barbares de Leconte de Lisle, La chasse de Kaa de Rudyard Kipling et Le pèlerin d’Angkor de Pierre Loti.

En 1931, Jouve entreprend un nouveau voyage de plusieurs mois pendant lequel il traverse l’Afrique. Il expose à son retour à l’Exposition Coloniale Internationale de Paris et obtient, une nouvelle fois, la médaille d’or. La couverture du livre d’or de l’exposition reproduit d’ailleurs une de ses œuvres, un éléphant et son cornac.

Lors de son séjour en Egypte en 1934, il découvre le zoo du Caire. Les gazelles, les antilopes, les tigres à crinière de java, les panthères noires et les ours blancs le fascinent. Une nouvelle grande exposition clôture ce séjour triomphalement.

Le Normandie voit le jour en 1935. Pour ce grand projet, Paul Jouve se voit confier la réalisation de la décoration murale du salon de correspondance et de lecture du paquebot. D’une facture Art Déco, deux tableaux monumentaux, enchâssés dans les murs en arc de cercle - Tigres royaux et Éléphants sacrés de Hué - répondent au décor de Nelson au centre duquel trône un lustre de Jean Perzel.

En 1937, il obtient à nouveau la médaille d’or de l’Exposition Internationale des Arts et Techniques, il expose entre autres la tête de taureau monumentale en bronze doré qui se trouve toujours sur l’esplanade du Trocadéro.

En 1945 Paul Jouve est nommé membre de l’Académie des Beaux-Arts. Sa reconnaissance n’est plus à faire. Il retrouve souvent le lieu de ses premières amours : le Jardin des plantes. Deux ans plus tard, il signe un accord avec l’éditeur Maxime Cottet Dumoulin pour illustrer Une passion dans le désert de Balzac, publiée en 1948. Tiré à 123 exemplaires, cet ouvrage est un nouveau succès.

L’artiste poursuit ses voyages incessants, toujours en quête de terres fertiles, nourrissant ses œuvres de ses découvertes. Il expose au Maroc, va au Etats-Unis et aux Bermudes qui lui inspirent notamment le paravent Poissons aujourd’hui conservé au Musée des Beaux Arts de Reims.

Paul Jouve meurt dans son atelier à Paris en 1973 âgé de 95 ans.