Joseph INGUIMBERTY

Joseph Inguimberty en Indochine. Crédit photo : Michel et Dominique Inguimberty.

Joseph INGUIMBERTY (1896 - 1971)

Joseph Inguimberty est originaire de Marseille. Pourtant, son parcours artistique l’éloigne rapidement de sa région natale. Il la quitte d’abord pour Paris où il va poursuivre son apprentissage à l’Ecole Nationale des Arts Décoratifs. Puis en 1925, il suit Victor Tardieu qui lui confie un poste à l’Ecole des Beaux-Arts de Hanoï tout juste créée. Il y restera plus de vingt ans, à vivre et travailler au plus près de la jeune génération d’artistes locaux, accompagnera par son enseignement les prémices de l’art moderne au Viet Nam. Aux côtés d’Alix Aymé, il est à l’origine du renouveau de la technique de la laque, qui sera enseignée par eux à l’Ecole d’une manière tout à fait inédite.

La guerre met fin à cette longue parenthèse indochinoise. De retour en France en 1946, s’il garde un pied à terre à Marseille, l’artiste installe son foyer à Menton, d’où est originaire son épouse. Il trouve ses motifs dans les paysages de l’arrière-pays provençal, les oliveraies et les champs de lavande au pied des Alpilles. Depuis Menton, il explorera aussi les villages de la vallée de la Roya, de part et d’autre de la frontière italienne.
Tout est comme embué par la torpeur de l’Indochine. Il peint les champs de lavande comme une réminiscence des rizières, toujours sous l’envoûtement de l’ailleurs. Son œil doit reconstruire les volumes occidentaux, capter la lumière du Midi. Pour y parvenir, il recrée une dimension qui lui est propre, peint la Provence mais garde la mémoire de l’Asie : aplats, juxtapositions de couleurs créant les volumes, élancement des formes, sérénité et élégance de l’ensemble. Il inaugure un art qui nimbe intelligemment les paysages familiers de la Provence d’un sentiment de lointain, qui semble vouloir s’abstraire de l’espace et du temps. Un art qui se joue des frontières.

Il se rend régulièrement sur les quais de la Joliette, qui lui avaient inspiré dans les années 1920 de monumentales compositions consacrées au travail des dockers conservées au musée d’histoire de la Ville. Il peint désormais des môles dépouillés, qui donnent un aperçu de l’immensité du domaine portuaire. Il arpente aussi les calanques, toujours accompagné de son nécessaire de peinture. Inguimberty n’a jamais consenti à peindre autrement que sur le motif.
Avant son départ en Indochine comme à son retour, Marseille est une référence constante dans son travail, même si la vision qu’il en donne a notablement évolué. Le jeune-homme solitaire qui avait décidé à la fin de ses études de vivre l’aventure extrême-orientale a fait place à un artiste accompli.
De prestigieuses galeries parisiennes telles Charpentier ou Romanet montrent son travail de manière régulière tandis que l’artiste, qui fréquente peu le milieu artistique provençal, est assez mal connu dans la cité phocéenne. En 2012, soixante ans après la seule exposition personnelle qui lui fut consacrée à Marseille (galerie Moullot), la galerie Alexis Pentcheff rend hommage à l’artiste dans une exposition rétrospective : Le Sud de Joseph Inguimberty.

Au Viet Nam, par delà la polémique coloniale, Inguimberty est aujourd’hui salué comme l’un des peintres majeurs de l’histoire du pays. Dans des compositions franches et directes, il a su mieux que quiconque apprivoiser les secrets de la campagne tonkinoise, du delta et de ses habitants. Mais même en Asie, le reste de sa production est peu connue, comme s’il existait une étanche frontière entre les œuvres d’Indochine et celles du retour à la Provence. Comme si deux artistes vivaient en Inguimberty, le voyageur et le peintre de retour. Le premier catalogue de l’œuvre peint de l’artiste, rédigé par Giulia Pentcheff aux côtés des enfants du peintre, tente de réconcilier ces deux aspects de sa vie et de sa carrière.