René GRUAU (1909 - 2004)

Une passion pour le dessin de mode

René Gruau nait à Rimini en 1909. Il souhaite être architecte, cependant, assez jeune, il doit gagner sa vie. Par l’entremise d’une connaissance maternelle, il publie ses premiers dessins de mode à l’âge de 15 ans dans le magazine milanais Lidel. C’est en véritable autodidacte qu’il aborde le dessin de mode, auquel il se consacrera pendant plusieurs années.

René Gruau dessinateur pour les plus grandes maisons de haute-couture et magazines

Il s’installe à Paris en 1928 et commence à travailler pour des magazines comme Le Figaro ou la revue de chapeaux Marianne. C’est à cette époque qu’il fait la connaissance d’un autre jeune dessinateur de mode qui n’est autre que Christian Dior, avec lequel il se lie d’amitié.
Les collaborations avec les magazines féminins se multiplient : Gruau illustre notamment Vogue, Fémina, Marie-Claire, Silhouettes, L’Officiel de la couture… Il y dessine les somptueux modèles de Balenciaga, Fath, Piguet, Givenchy, Molyneux, Rochas

Pendant la Seconde Guerre Mondiale, Gruau, qui n’est pas mobilisé, finit par rejoindre Cannes où une partie des maisons de haute-couture continue tant bien que mal sa production. Marie-Claire lui passe encore quelques commandes d’illustrations. De retour à Paris à la fin du conflit, René Gruau retrouve Dior, qui est sur le point de lancer sa propre maison de couture, ainsi que son ami le couturier Jacques Fath, qui donne de nombreux bals dans son château de Corbeville.

En 1948, Gruau tente l’expérience américaine : il part travailler pour Harper’s Bazaar et dans la foulée, accepte d’être le dessinateur exclusif de la nouvelle revue Flair, qui vient d’être créée par Fleur Cowles. Il décide cependant de rentrer en France, goûtant peu les méthodes de travail outre-Atlantique. C’est qu’il tient farouchement à garder son autonomie de création.

Une collaboration durable avec la maison Dior

L’année 1947 signe le commencement d’une longue collaboration avec la maison Dior, qui se poursuivra bien après le décès de son fondateur, jusqu’au milieu des années 1980. René Gruau est chargé de la publicité du premier parfum de la marque, Miss Dior, et dix autres créations de parfumerie suivront, parmi lesquelles Diorama, Diorissimo ou Eau Sauvage. La marque, qui prend de l’ampleur, propose aussi de la lingerie, des cosmétiques… Dior donne carte blanche à Gruau, lui laissant la plus grande liberté artistique dans ses créations publicitaires, un exercice particulièrement stimulant dans lequel l’artiste s’épanouit pleinement.

C’est ainsi que Grau vient à la publicité, qui sera de plus en plus présente dans son travail, au fur et à mesure que les magazines de mode font la part belle à la photographie. Il va créer de nombreuses campagnes dans les domaines de la parfumerie, de la mode ou de la cosmétique, réinventant sans cesse l’élégance à la française.

Des publicités emblématiques

Les dessins publicitaires pour Rouge Baiser ont durablement marqué les mémoires, mais Gruau a également signé plusieurs affiches publicitaires pour les parfums et cosmétiques Balmain, Jacques Griffe, Lucien Lelong, Jacques Fath, Elizabeth Arden, Payot, Peggy Sage, Givenchy… pour la lingerie Scandale, les firmes Bemberg, Dormeuil et Ortalion, les chemises Noveltex, les chaussures Pellet… C’est encore Gruau, qui, durant plusieurs saisons, est chargé d’incarner les campagnes des mythiques cabarets parisiens le Lido et le Moulin Rouge.

Son regard est ainsi diffusé à un public plus large que celui des magazines de mode, et la publicité lui offre surtout un cadre moins contraignant, où il n’est pas astreint à reproduire avec fidélité le modèle défini d’un créateur. Parallèlement à cette intense activité de publicitaire, René Gruau continue cependant à dessiner pour certains magazines de mode tels qu’International Textiles ou Sir.

L’œuvre de Gruau est d’une infinie richesse, sa ligne souveraine accompagne la représentation féminine sur près de soixante ans. Témoin de son temps, Gruau a aussi visuellement marqué plusieurs générations par son travail, indémodable.

Il développe à la fin de sa vie une production picturale personnelle, qui s’éloigne du domaine féminin qu’il a passé sa carrière à magnifier.

Oeuvres de l'artiste