Jean FERRERO (1931)

.On le connaît comme galeriste, collectionneur compulsif, figure de la vie culturelle niçoise ayant accompagné pendant de nombreuses années les artistes de son temps, et notamment César, Arman ou Ben. Mais ce que certains savent moins, c’est le phénomène qui est l’origine de la carrière de Jean Ferrero. Né en 1931 à Antibes, le jeune-homme, autodidacte, curieux, doublé d’un grand sportif, pratique la boxe et l’haltérophilie. Dans les années 1950, il commence à photographier ses amis athlètes et à la demande de magazines américains répondant eux-mêmes à la requête de nombreux amateurs, il se spécialise dans les nus, exclusivement masculins, ce qui constitue une véritable nouveauté. Ferrero fonde ainsi une véritable petite entreprise de photographie de nus masculins, faisant venir des modèles de tous horizons, qu’il installe souvent en plein air, dans un décor de garrigue provençale. Quelques réclames publicitaires bien choisies et les commandes affluent, surtout depuis les Etats-Unis. La communauté gay trouve dans ces clichés de quoi satisfaire un goût qui lui était jusqu’alors dénié, dans une esthétique durablement marquante. Internet n’existait pas alors et la diffusion des images érotiques, plus particulièrement de cette nature, était de fait bien plus confidentielle, laissant à Ferrero l’opportunité de développer sa production sur ce marché très peu concurrentiel. Le photographe reçoit des dizaines de commandes par jour, par courrier du monde entier, qui lui assurent une stabilité financière et vont lui permettre d’asseoir ses projets d’avenir. Témoignage de cette intense entreprise, Arman accumule dans une grande œuvre intitulée « L’affaire du courrier n°2 » une partie des plis reçus dans ce cadre par Ferrero dans les années 1960. Près de 50 000 négatifs témoignent de cette activité un peu particulière que Ferrero poursuivit pendant quinze ans environ, devenant dans le même temps photographe indépendant pour les journaux Nice Matin et la Stampa. C’est alors qu’il fait la connaissance de nombreux artistes, qui viennent se faire portraiturer dans son studio et commence à les fréquenter, faisant l’acquisition de ses premières œuvres d’art auprès d’eux. Viendra ensuite la galerie, ouverte à Nice en 1970 où s’écrira l’histoire d’une longue collaboration, riche d’anecdotes avec les artistes qu’il y présente. Mais dans le rétroviseur, ces images font de Ferrero, qui préfère pourtant les femmes, l’inventeur d’une esthétique érotique masculine qui marqua son temps.