Niki de SAINT PHALLE (1930 - 2002)

Niki de Saint-Phalle a développé dans son parcours artistique une réflexion très critique sur le rôle assigné aux femmes. 
Cette jeune femme très belle, qui pose pour la couverture de Vogue, est intérieurement dévastée, rongée par un traumatisme d’enfance devenu un accablant secret, dont elle livrera la nature des années plus tard dans un livre.
De retour des Etats-Unis où elle a suivi une scolarité chaotique, elle s’installe à Paris avec son mari et leur premier enfant. Très jeune, à 18 ans à peine, elle est déjà épouse et mère. Cependant, elle se sent oppressée dans ce rôle, tiraillée entre son statut familial, sa claustration sociale et ses aspirations. « Je voulais le monde et le monde alors appartenait aux hommes »  dira-t-elle.
​Niki de Saint-Phalle fait une grave dépression puis commence à entrevoir la possibilité de faire entendre sa voix et atténuer sa souffrance par l’expression plastique. Son œuvre est d’abord marquée par une grande violence et la pratique des tableaux-tirs va servir d’exutoire à son mal être. Par ce procédé subversif, elle inverse les rapports, exerce sa vengeance sur l’univers masculin et s’insurge contre l’ordre établi, y compris les principes de la représentation artistique. Sa violence devient véritablement actrice, investie d’un pouvoir de création par la destruction.
La rencontre avec Jean Tinguely, qui deviendra son second époux est également décisive dans cette renaissance. Pour se consacrer à ses deux nouvelles passions, qui l’absorbent toute entière, elle quitte son foyer, laissant derrière elle ses deux enfants et un relent de scandale.

Les Nanas :
C’est en croquant l’une de ses amies enceinte que germe l’idée des Nanas, ces rotondités gonflées comme des baudruches célébrant l’énergie vitale de la femme. Évoquant les Vénus du paléolithique, ces sculptures callipyges et stéatopyges réconcilient les deux pôles de la féminité dans une ode joyeuse à la fécondité.
Elles font fi de l’antagonisme créé de manière artificielle entre la femme et la mère. La référence formelle à une structure primitive renvoie aussi au fantasme d’une société matriarcale, induisant un bouleversement total des codes et des hiérarchies.
Ces figures, lorsqu’elles sont monumentales, ont aussi à proprement parler une valeur d’introspection.
« Si aujourd’hui je me considère presque comme le seul poète, le seul sculpteur capable de créer quelque chose de poétique, c’est justement parce que je suis femme. Les hommes avec leurs fusées, leurs bombes atomiques, et toute cette saleté qu’ils nous ont foutue dessus… ils se sont stérilisés. Et c’est pour ça justement aujourd’hui, que moi, femme, je peux vraiment faire une œuvre fulgurante poétique. Les hommes sont prisonniers de trucs stupides… Argent, pouvoir, macarons de la Légion d’honneur, alors que moi, femme, j’ai une liberté fantastique pour exprimer mes délires, mes problèmes face au monde d’aujourd’hui. »
C’est ainsi que Niki de Saint-Phalle, avec sa douleur, ses failles, sa révolte et ses espoirs, étreint le monde par la démesure des Nanas.