Variations sur le thème de la compression : César, les Hommages à Morandi

Initialement expérimentées dans les années 1970, les compressions d’objets usuels : brocs, cafetières et théières, plaquées sur des panneaux de bois, sont reprises par César à la fin des années 1980 et exposées sous le titre d’« Hommage à Morandi », d’abord en octobre 1989 à l’Alliance Française de Bologne, ville d’origine de Giorgio Morandi, avec la complicité d’Umberto Eco, puis à Paris, à la galerie Beaubourg de Marianne et Pierre Nahon l’hiver suivant. Les Hommages à Morandi voyageront ensuite à Tokyo pour un accrochage à la galerie Yoshii en 1991.

Les pièces de table de ces séries ne sont pas choisies au hasard, il s’agit de structures en tôle recouvertes d’un placage d’émail coloré, ustensiles produits en série depuis la fin du XIXème siècle et jusqu’aux années 1960. Sous l’action violente de la  compression que César leur fait subir, une partie de l’émail qui les recouvre vole en éclats, constellant le support de milliers de particules effritées, qui sont conservées dans l’œuvre comme un instantané de la catastrophe. La tôle, elle, plie mais ne se rompt pas. L’objet perd son modelé cependant qu’il reste identifiable. Contrairement aux compressions, qui donnaient naissance à un nouveau volume, formé de l’enchevêtrement d’éléments initiaux compactés qui ne sont presque plus identifiables, ces aplatissements d’objets sur une surface plane en font de véritables tableaux. Destitués de leur tridimensionnalité, les brocs et autres cafetières sont réduits à l’inanité. C’est ainsi que Giorgio Morandi, maître italien de la nature morte est invoqué, dans l’immobilisme de ces objets d’un temps révolu, en un poétique portrait de leur inutilité silencieuse.