L'exposition événement de l'été à la galerie Alexis Pentcheff

L'exposition événement consacrée au sculpteur César à la galerie Alexis Pentcheff s'ouvre le 1er juin. Jusqu'au 12 juillet, venez découvrir dans les salles de la galerie des pièces iconiques de l'artiste : Fers soudés, bronzes, Compressions, portraits de Compressions, Expansions ainsi que des expériences moins connues du public telles que les combustions ou les arrachages. L'enfant de la Belle de Mai se dévoile dans un hommage sensible de la galerie marseillaise.

César / marseillais

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En 1998, lorsque César est mort, nous n’avions pas encore notre bac en poche. La nouvelle ne nous a probablement pas émus, nous avons peut-être même manqué l’information au vingt-heures et les hommages des magazines, tant la fin de notre adolescence affichait d’autres priorités. César, son personnage tout au moins, a si peu appartenu à notre présent. 

Nous avons d’abord connu l’artiste par ses œuvres, à l’inverse de la génération de nos parents, pour qui sa gouaille, sa barbe, précédaient généralement la réception de ses travaux. Nous avions bien-sûr une vague image du sculpteur de la Belle de Mai, nous avions entendu ci et là des anecdotes marseillaises, cependant les contours du personnage étaient trop flous pour pouvoir influencer notre approche de son travail. L’homme médiatique ne nous avait ni séduits, ni agacés, nous l’avions si peu connu.
Ce n’est que récemment que nous avons visionné ou écouté quelques-unes des nombreuses images et bandes audio d’archives le concernant. Echappée d’un temps où l’on ne bouclait pas sa ceinture de sécurité en voiture, où l’on fumait en tout lieu et en toute circonstance, un temps où ériger une compression de ferraille en geste artistique était à la fois provocateur et génialement fondateur, cette voix nous a semblé curieusement familière. La survivance de cet accent méridional bien-sûr, mais aussi cette chaleur dans le timbre, cette assurance mal assurée. 

César drague la matière

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Entre tradition et ruptures provocatrices, on lui a souvent reproché en son temps ses incessants va et vient. César doute, cherche. Trouve une voie, la rebrousse, flaire une autre piste et s’y rue, revient à son point de départ… pour s’engouffrer à nouveau sur le premier chemin. Et ces multiples voies, percées de bâbord à tribord, jamais ne lui semblent sans issue. Guidé par la matière, le geste allègrement l’y pousse vers l’une ou l’autre, superbe liberté de l’artiste. Les choses ne sont pas préméditées mais vécues.
La ferraille est sa chère. Comme le boucher, le boulanger, le chef, il cultive ce rapport charnel à la matière, la pliant à toutes sortes d’expériences, mettant sans cesse ses propriétés à l’épreuve, sondant les associations, les répulsions. Depuis la soudure autogène jusqu’à l’eucharistie des expansions en public, il n’en finit pas de « draguer la matière », en boulimique, en curieux, en affranchi. César, essayeur permanent et jubilatoire, c’est aussi ce qui nous l’a attaché. 

À l’heure où vient tout juste de se clore la rétrospective marquante du Centre Pompidou commémorant les vingt ans de sa disparition, une nouvelle voie semble s’ouvrir à la réception de son œuvre. On hésitait toujours un peu depuis entre le génie et l’esbroufeur. Il faut dire qu’il avait brouillé les pistes. Cette exposition dans le Saint des saints parisien, tout en prenant soin de ne pas lever toutes les ambigüités de l’artiste, semble avoir montré que ses contradictions n’étaient pas forcément contradictoires, César étant « à la fois le futur et son passé, la tradition et ses ruptures, hier et demain ». Merci Monsieur Blistène d’avoir rendu à César.

À Marseille, César n’aura jamais eu son musée. Du vivant de l’artiste, des années de tergiversation. Près de l’hôtel Dieu, l’espace qui devait accueillir une très importante donation du sculpteur à sa ville natale, héberge finalement une nouvelle salle du Conseil municipal. Dommage. Pour nous les marseillais, et pour les autres, les touristes qui viennent de plus en plus nombreux, curieux du patrimoine de la cité phocéenne. César n’en sera pas l’ambassadeur, lui qui incarne pourtant si bien l’âme de la ville, ce perpétuel balancier entre l’histoire et l’avenir, la sobriété et la démesure, la permanence et le dynamisme.

Cet été 2018, débordant un peu de notre cadre habituel, nous avons souhaité rendre un modeste hommage au César marseillais. Nous tenons à remercier sincèrement toutes les personnes qui l’ont rendu possible à nos côtés, ainsi que nos partenaires pour l’événement. Nous sommes infiniment honorés d’accueillir à la galerie les oeuvres puissantes de César.

Giulia et Alexis Pentcheff

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