Rochers roses aux reflets d'or dans la mer à Collioure, circa 1925
Huile sur toile, signée en bas à gauche.
81 x 80 cm
Provenance :
Succession Cyrille Martin
Galerie Alexis Pentcheff, Marseille
Collection particulière, Belgique
Oeuvre en rapport :
Marine bretonne, avant 1930.
Huile sur toile, 80 x 79 cm. Musée des Beaux-Arts de Quimper, inv. 31.1.1.
Certificat d’authenticité établi par Cyrille Martin.
Avec ces rochers nus qui émergent de la mer, Henri Martin nous propose une composition débarrassée de toute anecdote comme de toute présence humaine, à rebours des grandes narrations qu’il déploie dans les cycles de commande qu’il imagine pour les monuments publics.
Les personnages, qu’il étudie habituellement avec précision dans leurs attitudes, n’ont pas leur place ici, dans cette vue exclusivement élémentaire.
Deux acteurs seulement concentrent l’attention du peintre : la mer et les rochers.
Il ne faudrait cependant pas oublier la lumière, qui vient sculpter ce morceau de nature, de telle sorte qu’il s’impose à l’artiste comme un motif autonome et puissant.
Surface à la fois mouvante et réfléchissante, la mer se construit dans une riche palette allant du mauve aux verts, en passant tout de même par une variété de bleus.
Le soleil matinal s’y devine dans les reflets jaunes, orangés et rosés qui papillonnent à la surface.
Rencontrant les rochers, elle se change en écume blanche. Ce n’est assurément pas la tempête, pourtant sa force est là, contenue.
Les touches sont directionnelles et superposées, suggérant à la fois le mouvement interne et les capacités réfléchissantes de la mer.
Quant aux roches, elles sont également travaillées en une vaste palette mêlant des violets, des verts, du rose, des bleus et jaunes, de l’orange franc même, à l’endroit où la mer les mord.
Traduisant toutes les nuances de la lumière sur les anfractuosités du rocher, la riche couleur est posée par superposition épaisse de touches qui sculptent les masses. Variant d’orientation, de forme et de longueur, les coups de pinceau introduisent une pulsation visuelle, tout en construisant le paysage. La matière devient relief.
Henri Martin a longuement exploré ce motif maritime.
Cette iconographie, peu connue dans le corpus de l’artiste, est pourtant essentielle, puisqu’elle révèle un artiste qui se défait de l’anecdote pour confronter sa sensibilité à la brutalité des éléments, à leur matérialité essentielle.
Elle nous permet aussi de plonger, sans artifices, au coeur de la technique d’Henri Martin.
Plusieurs oeuvres parvenues jusqu’à nous présentent le même cadrage, en plongée, sur ce morceau de littoral, comme si le peintre avait voulu prélever un échantillon à la côte pour l’observer plus attentivement.
Les effets de lumière y sont toujours différents.
Conservée au Musée des Beaux-Arts de Quimper, auquel elle fut donnée par l’artiste en 1930, une vue semblable adopte aussi le même format, carré, appuyant ce sentiment de prélèvement par le peintre d’un échantillonnage naturel. Le lieu est identifié comme étant la Bretagne et le traitement de la lumière nous semble en attester.
Est-ce parce que le soleil se devine à ses reflets que notre tableau, comme plusieurs autres de la série, porte dans son titre une référence à Collioure ?
Que ce soit en Bretagne ou sur la Côte Vermeille, le lieu où Henri Martin a observé son motif importe finalement assez peu. Il lui suffisait, en un point, de se confronter aux forces telluriques à l’oeuvre.
Si Monet observe, dans des motifs similaires, les variations atmosphériques de la mer, Henri Martin convoque quant à lui dans sa peinture les forces telluriques, leur puissance contenue et leur capacité à générer la matière.
