Etude pour Plage de la Vignasse, 1891-1892
Huile sur toile, cachet ovale de l'atelier "HEC" (Lugt 1305a) en bas à droite.
37.80 x 60.50 cm
Œuvre en rapport :
Etude pour le tableau Plage de la Vignasse, Les îles d'Or (huile sur toile, 65,5 x 92,2 cm) exposé au Salon de la Société des Artistes Indépendants,1892.
Collection Musée d'art moderne André Malraux, Le Havre (inv. 2004.3.32).
Provenance :
Atelier de l'artiste
Collection particulière, Paris
Galerie Schmit, Paris, env. 1969-1981
Collection particulière, Massachusetts, acquis en 1981
Galerie de la Présidence, Paris
Collection privée, Belgique
Expositions :
Cent ans de peinture française , Galerie Schmit, Paris, mai-juin 1969, n°69, ill.
Tableaux de Maitres français, 1900-1955 , Galerie Schmit, Paris, mai- juin 1973, n°11, ill. p.27.
Choix d'un amateur, XIX°-XX°siècles, Galerie Schmit, Paris, mai-juin 1977, n°21, ill. p.23.
Xe Biennale des Antiquaires, Galerie Schmit, Grand Palais, Paris, sept-oct 1980, n°15 (ill.).
Bibliographie :
Jean Sutter, Les Néo-Impressionnistes, édit. Ides et Calendes, Neuchâtel, 1970, p.65.
Patrick Offenstadt, Henri-Edmond Cross, Catalogue raisonné de l'œuvre peint, 2022, p.56, n°52 (ill.).
Attestation d’inclusion au catalogue raisonné de l’artiste émise par Patrick Offenstadt.
Toute proche de Cabasson, le bout du monde où Cross a choisi de s’établir avec sa compagne Irma Clare en 1891, année qui le voit quitter la capitale pour le Midi, la plage de la Vignasse constitue un motif de choix pour le peintre.
Seurat vient de mourir et les néo-impressionnistes, Signac en tête, en sont particulièrement affectés. Dans la défense de son héritage pictural, ils trouvent une forme de consolation après le départ prématuré de leur ami. Le groupe en est certain; Seurat a ouvert la voie vers une nouvelle manière décisive, embrassant la modernité.
En gagnant le Midi et sa lumière, Cross va, à sa façon, poursuivre ce dessein. Il y peint les premiers paysages qui témoignent d’un basculement de sa facture vers le néo-impressionnisme.
La nature sauvage qu’il est venu y trouver lui souffle une transformation qu’il avait amorcée dans son atelier parisien, en témoigne le grand portrait en pied de sa compagne présenté au Salon des Indépendants de 1891 (Musée d’Orsay, inv. RF 1977 127).
Venu d’abord pour soigner son corps, cet homme du Nord va trouver dans la lumière méridionale un catalyseur de son évolution picturale. Loin de l’agitation urbaine, dans le silence, le calme, une forme de recueillement et de solitude sans doute, la nature varoise se donne au peintre comme un Eden retrouvé, un théâtre arcadien où faire éclore son idéal artistique.
« Des collines de pins et de chênes-lièges viennent mourir doucement dans la mer (…). Des coins d’une charmante intimité fourmillent à côté des grands aspects féériques ou décoratifs. Oui, ces deux épithètes répondent le mieux aux sensations éprouvées par moi. »¹
Initialement logé face au fort de Brégançon dans la « Maison Perdue » à son arrivée à Bormes-les-Mimosas, Cross va finalement s’installer à Saint-Clair, où les commodités sont plus proches. Il y fait construire sa maison où il demeurera jusqu’à son décès en 1910.
Il ne retourne à la capitale qu’une fois par an, au moment des Salons. Il n’est pas isolé pour autant et les amis peintres, écrivains, lui rendent visite souvent. Son ami Théo van Rysselberghe est son plus proche voisin. Signac n’est pas loin non plus.
Le tableau que nous présentons est l’une des toiles caractéristiques de l’évolution de l’artiste vers le néo-impressionnisme. Première version d’un plus grand tableau (présenté au Salon des Indépendants de 1892, acquis par le collectionneur Olivier Senn à l’occasion de la dispersion de l’atelier de l’artiste après son décès et faisant partie de la donation conservée au Muma du Havre), cette Plage de la Vignasse est intéressante à plusieurs titres.
Elle témoigne tout d’abord d’une recherche formelle évidente, du contraste que Cross a entendu créer entre le traitement du premier plan, à la touche nettement divisée, et celui de la mer et du ciel, plus classique, comme si l’artiste n’osait pas encore fragmenter toute la surface de la toile.
Cherchant ardemment ce contraste, il parviendra plus tard à le créer non plus par une différenciation de traitement mais par la palette, au sein même de sa technique divisionniste, en utilisant des touches de couleur franche qu’il ne nuance plus de blanc.
Cette Plage de la Vignasse est émouvante aussi : probablement l’un des premiers tableaux peints par l’artiste dans le Sud de la France, juste après son arrivée à Cabasson, cette toile montre la manière dont Cross vient aborder les rivages méditerranéens, avec humilité et patience, un peu ébloui sans doute par la trop forte lumière, qu’il ne parvient pas encore à apprivoiser tout à fait.
¹. Lettre d’Henri Edmond Cross à Paul Signac, citée dans Paul Signac par Françoise Cachin,
Bibliothèque des Arts, 1971, p. 51.
