Auguste
CHABAUD

(1882 - 1955)

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L'alguazil, circa 1909

Huile sur carton, cachet en bas à gauche.
76 x 52 cm

Provenance : 
Famille de l'artiste 
Collection privée, Sud de la France 

Expositions :
Auguste Chabaud et le taureau sacré, Musée Auguste Jacquet, Beaucaire, 29 juin-16 septembre 2013, reproduit en p.94 du catalogue
Fauvisme et modernité en Provence, Galerie Alexis Pentcheff, Marseille, 15 février - 15 mars 2014, reproduit en p.77 du catalogue.

Certificat d'authenticité établi par M. Patrice Leoni, arrière petit-fils de l'artiste, en date du 7 novembre 2021.

Chabaud a gardé de l’enfance une admiration émerveillée pour les costumes et les uniformes . Son oeuvre la traduit continuellement, que ce soit à Paris, en Tunisie ou en Provence. L’apparat militaire le fascine tout particulièrement. C’est d’ailleurs avec l’espoir de porter le costume bigarré du spahi qu’il s’engage dans l’artillerie coloniale. Excluant presque la dimension martiale de ces icônes, Chabaud concentre son attention sur le détail du vêtement, la rutilance des broderies, l’association des couleurs. 

Quant aux spahis et aux zouaves qui passent par Paris, ils prennent du bon temps dans les cafés, les maisons de rendez-vous, au nouveau parc d’attractions de Magic City. Chabaud présente notamment les spahis dans ces instants de délassement, alors qu’ils ont gardé leur tenue, surgissement improbable de la culotte bouffante, du gilet brodé bleu et de la rouge chechia rigide dans la vile moderne occidentale. “Les spahis, ce n’est pas du militarisme, c’est de l’art”. Ainsi entreront-ils au panthéon des figures chères à l’artiste. 

De retour à Graveson, l’artiste trouvera d’autres occasions de s’enthousiasmer pour les costumes. La vie au village, civile ou religieuse, lui fournit des archétypes hauts en couleurs. Arlésiennes, bergers, nonnes et curés  s’invitent sur la toile, égrénant ces heures de la vie rurale. 
La course libre et la corrida, traditionnelles de sa région d’origine, fournissent encore à l’artiste le spectacle d’exubérants personnages, dont l’apparence vestimentaire traduit cette fois la passion de la discipline, l’adhésion au culte du taureau, ce culte profane et populaire, codifié comme une liturgie et qui se déroule dans l’arène séculaire. 

“L’Alguazil” est l’un des tableaux consacrés à ce thème, représentant l’un des acteurs de la corrida facilement  reconnaissable à son costume, hérité de la tradition espagnole. De noir vêtu, l’alguazil est le policier de l’arêne, chargé de donner le départ de la course et d’en notifier la fin. Chabaud le représente comme un personnage d’importance, l’allure altière du notable soulignée par une fière moustache dont la ligne reprend celle du chapeau cérémoniel. Il est flanqué d’un arenero au béret rouge, en arrière plan et plus petit, renforçant la stature du premier personnage. Au dessus d’eux, le public dans les gradins se prépare à suivre la course.
La modernité de cette oeuvre aux tonalités crues, est accentuée par le traitement formel, l’artiste laissant volontiers apparaitre la matière du support derrière les personnages.  

Cette série d’oeuvres ayant pour thème les arênes n’est pas sans rappeler les travaux de l’artiste sur le thème du cirque, réalisés tandis qu’il résidait encore à Paris. De retour en Provence dans sa région natale, Chabaud se tourne vers les arènes comme un théâtre inépuisable de motifs et d’exubérants personnages à peindre.