Auguste Chabaud / L'instinct de vie

17 octobre - 15 novembre 2014

A l’automne 2014, la galerie consacre une exposition à l’artiste provençal Auguste Chabaud (1882-1955). Plus de 80 œuvres originales de l’artiste sont accrochées aux cimaises de la galerie, dont des toiles majeures témoignant des différentes périodes de sa production.

De retour de son service militaire dans l’artillerie coloniale, à la fin de l’année 1906, Auguste Chabaud s’installe à Montmartre, qui accueille déjà de nombreux artistes. Il y occupe un atelier rue Müller. Paris la nuit fascine Chabaud. Les lumières artificielles de la ville lui arrachent des tons d’une rare violence, des contrastes poussés à leur paroxysme. Il expérimente des cadrages surprenants, desquels on déduit la continuité d’une scène qu’il ne fait qu’ébaucher, laissant magnifiquement surgir l’instant de vie.

​Chabaud, gazé dans l’enfer de Verdun, est soigné puis renvoyé sur le front. Lorsqu’enfin démobilisé, il rentre en Provence, sa fougueuse jeunesse est derrière lui. La guerre a définitivement mis fin à son vagabondage habituel entre le Sud et la capitale.
De retour auprès de sa mère, au Mas de Martin à Graveson, à mille lieues de l’enivrement des cafés et des fêtes parisiennes, du délassement suave et salutaire apporté par les filles des maisons closes, le peintre affirme sa vocation dans l’observation des scènes de la vie rurale. Les bergers et paysans, le travail à la ferme, les animaux de basse-cour remplacent la chanteuse de cabaret, la fille de joie, les escaliers réverbérés de Montmartre. Le bon cheval de trait remplace le cadavérique cheval de fiacre. La volupté se change en rusticité.

Il n’a pas encore pris femme et enfants, mais quelques années seulement le séparent du père de famille nombreuse qu’il deviendra. Abandonnant les ardeurs et les expérimentations, il poursuit désormais une quête dont le point de mire est l’équilibre. Dans l’œuvre de Chabaud, la somme des teintes se fond en un magma bleu, ardente pâte créatrice qui se veine d’un noir intense et tranchant comme l’ombre aux heures les plus étincelantes du jour. Le blanc, utilisé pur avec parcimonie ou plus souvent grisé, complète la trilogie de tons dominants qui exaltent la nature provençale.

Criante de vérité, saisissante de modernité, enracinée dans la terre comme la vie elle-même. L’essence de l’œuvre de Chabaud pourrait résider en ces termes. Magistrale cependant qu’elle est humble, à l’image de l’artiste qui lui donne corps en lui consacrant son âme. Profondément humaine, cette œuvre instinctive, rugueuse, invoque en nous des sensations primitives, un archaïque et informe désir. Sondant la vie, elle s’attache à la sexualité qui en est l’immuable mystère, tout en scrutant la mort qui en est l’inéluctable terme.